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Le Prince épousa la Bergère et …

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  • Le mariage
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  • La dernière épreuve
  • Le triomphe de Griselda
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Le Prince épousa la Bergère et …

Le mariage

C’est un cortège d’une petite dizaine de voitures fleuries qui traverse Saluzzo. Sans klaxonner. Le mariage n’a pas en­core eu lieu et Gauthier, superstitieux, a bien insisté pour que ce soit ainsi. On sort de la ville. Matthew, Lin, Jabali, Abigaïl, Bao et Efia barrent mentalement des noms sur leur liste. Au fil de la route, de croisement en croisement, les possibilités diminuent et, quand Gauthier s’arrête près d’une jeune femme pour lui demander son chemin, tous éclatent de rire. Une noce de soixante-dix mille convives ra­tée parce que le marié ne sait plus où habite la mariée !

Mais ce n’est pas son chemin que Gauthier demande à Griselda.

« – Où courez-vous si prompte et si légère ? »

La jeune femme ne répond pas. Comme elle a la bouche ouverte, Gauthier peut observer ses dents. Toutes les filles qu’il a connues jusqu’alors avaient une dentition parfaite. Il est ému. Celle-ci, sans dire un mot, lui conte une histoire, celle d’une humanité qui a vu ses mâchoires devenir plus petites à cause de la domestication du feu. Dans les ré­gimes modernes, on mange des aliments relativement cuits, hachés, mixés, qui ne demandent pas beaucoup de mastication, ce qui provoque un rétrécissement de la mâ­choire et la richesse des orthodontistes. À Griselda, la vue de Gauthier raconte aussi une histoire, mais c’est sur un autre registre. Elle songe à toutes les femmes de la bible qui ont rencontré des anges, Sarah, Marie, les filles de Loth…

Derrière, on s’impatiente, on klaxonne. Alors, Gauthier re­pose sa question, plus brutalement, pour rompre le charme

« – Où vas-tu ? Pourquoi es-tu si pressé ? –  Mais à votre mariage, Monsieur. Comme toute la ville et ses environs. – Mon mariage ? Tu me connais donc ? – Vous êtes venu visiter votre fabrique, il y a six mois et je vous ai aperçu. Certes, de loin, mais on ne peut vous oublier ».

Elle n’ose en dire plus. L’usine disparaissant dans un brouil­lard surgi de nulle part, le cœur qui bat à tout rompre, le regard que l’on détourne tant il est effronté. Lui non plus n’en dit pas plus, mais il se rappelle ses yeux, plus bleus que le firmament, plus lumineux aussi, ce désir hurlant, qu’une brune paupière a soudain effacé. Ils pourraient rester ainsi sans se parler, sans même se voir, perdus à jamais dans ce souvenir.

TÜÜT. On s’impatiente !

« – Il est bien tard pour y aller à pied, ma fille. – Hélas, mon­sieur, j’arriverais la dernière. Tout le monde saura avant moi. J’ai dû m’occuper de mon père, le lever, le laver, l’ha­biller, le rendre présentable. C’est un vieil homme, droit dans ses habitudes et qui serait bien allé en sabots à l’Église puisque vous avez eu l’amabilité de l’y inviter. Puis j’ai eu deux ou trois contretemps ».

Je sais, ma fille, j’y ai veillé ! Gauthier sourit en pensant à cela. Mais il est temps de conclure.

« – Ne soyez pas jalouse des autres. Vous m’avez rencon­tré. Je vous donnerai donc en prime le nom de ma prin­cesse. Mais je veux avant vous poser une question », dit Gauthier en s’extirpant de la voiture.

Tout le monde, en entendant qu’il va révéler le secret, sort également et se regroupe autour de Griselda.

« – Griselda (elle a un sursaut. Ainsi, il sait mon prénom. De tous les grands entrepreneurs de ce monde, c’est vraiment le plus humain, puisqu’il me connaît, moi qui ne suis rien), crois-tu qu’une femme, pour vivre en parfait accord avec moi, doive se soumettre gaiement à tout ce que je lui com­manderai, sans un geste ni un mot de contradiction, crois-tu que je puisse exiger cela d’elle pour le bonheur de notre couple ? – Oui, Monsieur. Un jour, j’épouserai un brave homme et je lui obéirai pour que rien ne trouble notre u­­­­­­nion. Alors à plus forte raison si c’est vous. Si elle vous aime, elle déposera à vos pieds sa volonté et son joug lui sera doux ».

Gauthier se tourne vers ses amis pour leur montrer com­bien il a raison. Dans un couple, il ne serait y avoir deux maîtres. Griselda en convenant, la voilà promue sage entre les sages.

« – Je vais vous reformuler ma question, ma chère Griselda. Si vous deviez être ma femme, accepteriez-vous de n’avoir d’autre volonté que la mienne ? »

L’âme de Griselda se met à trembler. Elle resonge à cet instant où leurs regards se sont croisés. Peut-on s’aimer au premier regard ? Pour ce qui la concerne, cela fait six mois qu’elle répond oui, toutes les nuits depuis ce jour, elle ré­pond oui. Mais il y a le s de s’aimer. Et aujourd’hui, elle peut affirmer pour eux deux. Ce qu’elle n’a qu’entrevu parce qu’elle n’avait pas pu supporter les flammes qui l’obser­vaient, parce qu’elle avait détourné les yeux, était vrai. Il avait aimé, lui aussi, au premier regard.

« – Je sais, Monsieur, que je suis indigne d’un si grand hon­neur, mais, si tel devait être votre volonté, elle serait mienne. Non seulement je vous obéirais en tout, mais je n’imaginerai rien qui aille contre vos désirs. Mieux, si je peux, je les devancerai. Tout ce que vous ferez, je le trou­verai bon. Je vous aime depuis l’instant où nos regards se sont croisés. Si vous me demandez pour femme, je ré­pondrai OUI, si vous me demandez de mourir sur l’heure, je me trancherai les poignets. Je vous chéris. Ne doutez jamais de moi ! »

Gauthier savait comment réagirait Griselda. Voilà pour­quoi, il a imaginé cette petite comédie. Jamais, je n’ai douté de toi. Mais il est surpris de l’ampleur de cette passion, un peu effrayé même. Pour se rassurer, il se dit que ce n’est pour elle qu’une façon de parler. Alors, il décide de la prendre au mot et de la tester. Afin qu’elle n’apporte dans sa nouvelle demeure aucune trace de son ancienne condi­tion, afin que l’on puisse l’habiller des pieds à la tête avec les vêtements de la mariée, il lui demande de se mettre nue.

Et Griselda obéit.

Sans hésitation, elle se défait de ses chaussures, de sa robe, une rouge un peu criarde, bordée de noir, de son soutien-gorge et de sa culotte, lingeries qui ne cherchaient en rien à plaire, et, dénudée, elle attend souriante que l’on s’oc­cupe d’elle. Abigaïl, Bao et Efia se sont emparés des pa­rures, peignes divers et trousses de maquillage qu’elles ont découverts dans le coffre de leur voiture. L’une l’habille, l’autre la brosse, la dernière se soucie de la farder. Tout en la dissimulant autant que possible à la vue des hommes, en faisant barrage de leur corps. Elles s’activent discrètement et promptement, lui prodiguant mille caresses, lui chuchotant mille mots doux. Et le sourire de Griselda est le plus beau des mercis. Les voilà amies pour la vie. Quand elles contemplent leur œuvre, elles sont stupéfaites. Ainsi cette jeune fille habillée de haillons, dont la tignasse était tout ébouriffée – elle s’était pourtant apprêtée pour aller au mariage –, la tête maintenant frisée, ornée d’une couronne de fleurs, couverte de diamants qui met en valeur la longue robe d’une virginité éblouissante est si transformée que chacun en a le souffle coupé. Du lys, son teint a la blancheur et la naturelle fraîcheur. Son visage d’un ovale parfait tranche au milieu d’une chevelure d’un noir d’ébène. Quant à ses yeux… mais j’en ai déjà parlé, ainsi que de l’effet du bonheur, de l’attente du bonheur.

De l’Italie, elle a la beauté.

Nul, avant, ne l’avait noté.

Enfin, Gauthier, rompant le charme, à la nouvelle Griselda, pose la question :

« – Griselda, je t’aime. Je t’ai choisie, entre mille jeunes beautés, pour passer, avec toi, le reste de ma vie. Si toutefois cela te convient… Griselda, me veux-tu pour ton mari ? – Oh oui, monsieur. –  Tu peux m’appeler Gauthier. – Oh oui, monsieur Gauthier ».

Il rit, hausse les épaules. « – Reprenons. Griselda, me veux-tu pour ton mari ? »  À quoi, elle répondit : « – Oui, mon­sieur Gauthier – Et moi, je te veux pour ma femme ».

La messe est dite. Euh… Justement non, se dit Gauthier.

« – Allons, il faut nous dépêcher. Le maire et l’évêque nous attendent ».

Dans son esprit pourtant, la cérémonie est déjà finie. Il sent la vanité de cette journée. Il l’aurait bien emmenée sur le champ, toute nue pour la consommer à l’instant.

Ce déguisement dont on oblige les femmes à s’accoutrer est d’un ridicule ! Cette coutume cucul la praline qui en­toure ce lien que l’on veut indestructible entre deux êtres lui donne envie de vomir.

À l’Église, on se rend, et là, par deux fois, une civilement, une devant Dieu, par une promesse solennelle, d’une chaîne éternelle, les deux époux unissent leur destin.

Puis, c’est la noce.

Si, dans un ancien palais, la demeure des Saluces depuis une quarantaine d’années, la fête peut paraître un peu pe­sante, dans la ville, on boit, on mange, on danse, on boit, on joue, on court, on boit, on se défit, on boit. Partout, c’est une allégresse non feinte. Nul parmi ceux qui ont vu la mariée sur les écrans géants des esplanades ne conteste le choix du marié. Ils sont simplement étonnés. Que l’on puisse cacher un tel diamant au fond de nos campagnes, cela se conçoit – on en connaît – mais d’où lui vient son comportement ? En princesse, elle se déplace ; en prin­cesse, elle sourit ; en princesse, elle écoute maire, évêque, gens de la haute société ; en princesse, elle leur répond.

Gauthier, au final, ne regrette pas sa journée. Il semble qu’en changeant de vêtement, Griselda ait changé d’esprit et de manières. Elle était jolie, douce, obéissante, dévouée à son père, la voilà désormais aussi avenante, aimable, gracieuse, accorte. On dirait qu’elle a vécu depuis sa nais­sance dans le beau monde. Il sait que, pour charmer sa fa­mille, ce sera plus long, mais il ne doute plus qu’elle y par­vienne.

Enfin, de l’hyménée, l’heure a sonné et les deux époux se retirent, tandis que, dans toute la ville, résonnent des pé­tards, des feux d’artifice improvisés.

Tout se joue à cet instant. Même si tout ce qu’il a appris d’elle devrait le rassurer, même si tout, durant cette journée, a confirmé les six mois au cours desquels, ses hommes l’ont espionnée, ont étudié le moindre de ses gestes, ont piraté son téléphone, il y a toujours une possi­bilité. Sa voix se veut lasse et dure. « Déshabille-toi. Ôte-moi ce tralala ! ». Griselda obéit. Elle dit « oui, Monsieur », alors qu’elle avait fini par l’appeler par son prénom et même à murmurer « mon chéri » pendant la soirée, et se défait de ses frusques. Au milieu de la dentelle, de la soie, du satin, elle se tient droite. Est-ce ainsi que les hommes aiment ? « Écarte tes jambes, il faut que je vérifie ». Elle obéit, mais ne comprend pas. Il place un miroir à l’entrée du vagin. L’hymen se trouve généralement à quelques cen­timètres à l’intérieur. Malheureusement, il ne voit rien. Il aurait besoin d’un fauteuil de gynécologue et le matériel qui va avec. Il s’en veut de ne pas l’avoir prévu. Alors, avec un doigt, il pénètre à tâtons dans la vulve. Il est tout an­goissé. Il sait qu’elle est vierge, il n’en doute pas. Elle ferme les yeux de honte. Il sent la membrane et lui sourit. Il retire son index et l’embrasse. Elle se laisse faire, passive. Elle ap­prendra, se dit-il.

Il lui demande de s’agenouiller. Il défait sa ceinture, baisse son pantalon. « Suce ! », ordonne-t-il. Elle le regarde, sans comprendre. Il oblige à ouvrir sa bouche, glisse ses pouces pour qu’elle ne la referme pas et y fait pénétrer son sexe. Il va et vient, sans trop s’enfoncer. Elle s’efforce de ne pas le rejeter, de ne pas vomir, de ne pas le vomir. Il se retire en­fin. Il n’a pris aucun plaisir, contrairement avec d’autres, mais cela n’a aucune importance. Là aussi, elle apprendra.

Pour le cul, un doigté pas trop appuyé permet d’en vérifier la chasteté.

Elle est bien vierge. Mieux, elle est LA vierge, celle qui ne connaît rien à l’amour. Enfin presque. L’érection de ses tétons montre que le corps sait ce qu’ignore encore l’esprit. Il l’embrasse avec passion. Bien sûr, le drap sanglant aurait suffi, mais Gauthier ne voulait pas la baiser sans en être sûr. Cette nuit-là, s’il a profité d’une chair innocente, elle a joui de toute l’expérience d’un homme mûr qui prend soin de sa partenaire et veille à lui donner autant de plaisir qu’elle lui en donne.

Et ceci n’est que le début.

Chaque jour qui passe confirme Gauthier dans son choix. En amour, Griselda se révèle une élève douée, avide d’ap­prendre. C’est comme le Vieux Continent débarquant en Amérique, la terre vierge ravive de couleurs éblouis­santes tous les gestes appris avec d’autres. Il peut lui de­mander tout ce qu’il veut, la posséder de toutes les manières possi­bles, elle ne dit jamais non. Mieux, elle prend un plaisir in­croyable à chaque fois. En amour, l’imagi­nation sans en­trave est reine.

En dehors, elle se montre une élève douée, retenant vite les codes d’un monde qu’elle ignorait. Elle manquait de cul­ture : dès qu’elle le peut, elle lit les livres qu’il lui recom­mande. Loin de lui faire honte, elle brille en société.

Elle est si obéissante, si empressée à le servir que, désor­mais, il n’hésite pas à se décharger sur elle de nombreuses tâches. Elle règne sur la domesticité, mais il n’aurait point donné d’ordres différents.

Dès le premier jour, elle a échangé son smartphone contre un autre « protégé ». En effet, compte tenu de sa situation, Gauthier ne peut se permettre que le téléphone de sa femme soit piraté. Maintenant, l’appareil dont elle dispose est bridé comme pour une enfant. Un peu plus, car non seulement elle ne peut aller que sur des sites par lui agréés, mais un mouchard installé dans la machine fait chaque soir un rapport : les pages Web, ses vidéos, ses recherches, tout ce qu’elle écrit, dit, etc.

Elle a également obéi sans la moindre hésitation quand il a souhaité la séparer de son père. En effet, le vieux Janicole est un être grossier qui ne pouvait demeurer chez eux et sa fille est, désormais, bien trop prise pour s’occuper de lui et même pour passer de temps en temps le voir. Bien sûr, ils se rencontrent sur WhatsApp une fois tous les dix jours et deux personnes veillent sur le vieux en lieu et place de Griselda, une femme pour la cuisine et le ménage, un homme pour conduire l’ancien ouvrier où il veut et lui tenir compagnie. S’il le souhaite, ils peuvent échanger leur rôle. Janicole n’a rien dit. Il est triste, sa fille heureuse, de quoi peut-il se plaindre ?

Son troisième désir, elle l’a devancé. Lui ne trouvait pas mo­ches ses dents de travers. Il y avait là une réalité de l’hu­manité qui lui plaisait. Mais, bien entendu, elle ne pouvait continuer au milieu de toutes ces femmes ravissantes qui avaient eu leur dentition redressée à la préadolescence. À l’âge adulte, il faut passer par une chirurgie dentaire. C’est douloureux, mais obligatoire. Elle a subi cela sans pro­tester. Désormais, elle n’a plus peur de sourire, de rire. Dans une conversation, quand il la voit rire, quand il ad­mire cette bouche parfaite, ouverte, il lui arrive de bander.

Oui. Gauthier est heureux, Griselda aussi. Elle l’est de savoir qu’il l’est, bien sûr, mais il y a plus que cela. Gauthier est non seulement intelligent, beau, serviable, il est également un amant sensuel, attentif. Et comme le bonheur engendre le bonheur, pas même deux mois ne s’écoulent avant que Griselda ne soit enceinte.

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